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Ah, si j'étais riche....

Ah, si j'étais riche....
Comparer deux films aussi différents que le chef-d'oeuvre psychanalytique "Eyes wide shut" et la série B pamphlétaire "Society" paraîtra pour beaucoup une perte de temps et un mépris des valeurs cinématographiques. Pourtant, ces deux oeuvres réalisés par le maître Stanley Kubrick et par l'artisan Brian Yuzna se rejoignent sur un point trés précis, c'est à dire un traitement de la classe sociale la plus haute plus ou moins accusateur, l'un décrivant les hobbies trés sadiens de la nouvelle aristocratie et l'autre présentant les membres de la haute-société comme des créatures psychopathes et perverses...Ce qui est intérréssant quand on met en parallèle ces deux films, malgré leur différence radicale,est qu'ils laissent tout deux un sentiment post-visionnage identique, et le spectateur se retrouve vite méfiant envers les classes supérieurs, se demandant si trop d'argent ne rendrait pas l'être humain déviant ou bien totalement détraqué.
Même si Kubrick traite ce thême pour mieux mettre en avant celui qui est le principal de son film (c'est à dire le désir et la sexualité chez le couple), cela ne l'empêche pas de dire clairement que bien que l'argent est la solution à beaucoup de soucis il ne fait qu'en reveiller d'autres beaucoup plus importants, et il paraît donc logique qu'un homme riche aura des frustrations immensément plus grandes que nous autres, modestes citoyens ne pouvant même pas se payer une gentille call-girl brune, voluptueuse et...(hum, excusez-moi...).
Ce bon vieux Stanley pousse ce raisonnement au maximum lors de la fameuse séquence de l'orgie, ou le personnage joué par Cruise erre de pièce en pièce, en prennant un plaisir évident dans sa position de voyeur...Cette curieuse habitude de partouzer à tout va devient tout-à-coup totalement cohérente pour le riche, car on s'aperçoit que les fantasmes d'un homme peuvent aller dans un extrême que seul le pouvoir peut-résoudre, est le pouvoir c'est évidement l'argent.Ce plaisir dans l'excés est pourtant une vile image de l'aristocratie, et les hommes ayant un pouvoir économique et social ne peuvent mettre en évidence leurs déviances, sexuelles ou autres. Ils se doivent donc de transformer leurs "tares" en manières polissées et maniérées, dans un but exemplaire, et finalement plus leur comportement social et apparent s'avére courtois et polie plus leurs occupations privées pourront devenir extrêmes dans la sexualité et la cruauté.Cette opposition radicale est bien-sûr présente chez Kubrick, et la métaphore du masque est sans aucun doute celle d'un dédoublement de personnalité paradoxale chez l'homme économiquement supérieur...
Ce qui nous mène a un film coup de poing, une oeuvre horrifique assez marquante et traumatisante qui n'est d'autre que l'excellent "Society" du grand B-man qu'est Brian Yuzna...Rien que la somptueuse affiche de son film nous met dans le bain, car l'on y voit un couple de snobinard genre Beverly-hills retirer leurs vrais visage comme s'ils s'agissaient de masques et laissant apparaître à moitié des trognes plus que dégueulasses...(Curieux, Kubrick aurait-il pompé sur Yuzna?...oh puuuutain!..).Il est clair que Yuzna n'a pas la finesse d'un Kubrick et que son film est un pur bloc de haine envers la haute-société, mais il est fort de constater que ce pamphlet n'a rien de totalement gratuit, et que ce réal injustement méprisé ne fait que décrire d'une façon extrême un important malaise existant dans toutes les sociétés capitalistes, c'est à dire la trop grande liberté d'action que donne l'argent et les dangers du communitarisme (voir l'aspect malsain des receptions mondaines...).
La fête final ou l'on voit des bourgeois sucer la graisse d'une pauvre victime (moment trés traumatisant pour le coup...) décrit à elle-même la vision de Yuzna:
Dans leur soif de pouvoir absolu, les riches ont des fantasmes qui ne sont que des reflets d'un besoin plus exacerbé de domination, qui va jusqu'à l'absorbtion et même jusqu'à l'anéantissement total du soumis.L'argent, qui à la base est un moyen d'ouverture chez les autres et sur le monde, peut rapidement devenir un symptôme d'aliénation qui en trop grand nombre enferme ses déteneurs dans une logique perverse et impitoyable.
On retrouve ce même thême chez le réalisateur italien hardcore et intello Pier Paolo Pasolini, qui dans son mémorable "Salô" ne fait que développer cette idée dans une optique encore plus marquante et sans aucune concession.
Sur ce, même si la conclusion paraît légérement expéditive,je dois stopper net, faut que j'aille retirer...

# Posté le jeudi 09 juin 2005 12:16

Modifié le vendredi 10 juin 2005 12:20

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